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Abbaye La Joie Notre Dame - Campénéac

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Bénédiction abbatiale de Mère Soazig CONNAN :
homélie de Mgr Lucien FRUCHAUD Evêque émérite de Saint Brieuc et Tréguier
 

Mère Soazig, mes sœurs de cette communauté chers Pères et Mères, Frères et Sœurs.

La Parole de Dieu que nous venons de recevoir, - choisie tout particulièrement pour cette célébration - lance en ce jour, à chacun de nous, quels que soient nos responsabilités et nos engagements, des appels très forts. Ces appels nous avons tous à les entendre et à les recevoir. Quels sont ces appels ?

Le premier, nous le recevions dans la première lecture tirée du livre des Proverbes. C’est l’appel à accueillir en nous l’Esprit de Sagesse.

Le second appel est celui de vivre dans un esprit très fraternel ; vivre partout et en tout comme de vrais frères. Pour vivre cela, dans toutes les difficultés qui surgissent chaque jour, saint Paul nous en donne les clés dans sa lettre aux Colossiens.

Le troisième appel, Jésus en fait une prière, une grande prière à son Père : c’est l’appel à l’Unité, « Que tous soient Un » et le modèle d’unité qu’il nous donne est celui qui régit les relations entre lui-même et son Père : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » Cet appel a toujours retenti très fort dans le cœur de Mère Soazig et elle l’a retenu comme essentiel pour elle et sa communauté ; elle en a fait la devise qu’avec vous, toutes mes sœurs, il lui faudra vivre : « Qu’ils soient UN ».

‘Sagesse’, ‘fraternité’, ‘unité’ quel programme de vie ! Quel programme pour la vie quotidienne de chacun de nous mais aussi pour votre vie personnelle et communautaire, sœurs de ce monastère ! Ce programme nous est donné, à nous tous et à vous mes sœurs en ces jours où vous venez de vivre vos premiers mois avec votre nouvelle abbesse mais aussi en ces temps où vous célébrez le centenaire de votre fondation à Auray en 1920. Lorsqu’un programme aussi évangélique que celui-ci nous est redonné, il nous invite à un renouveau spirituel. Pour bien se situer dans cette mouvance spirituelle toujours à réactualiser, reprenons les trois points que la méditation des textes de cette célébration nous propose.

Accueillir en nous l’Esprit de Sagesse.

« Mon fils, accueille mes paroles, conserve précieusement mes préceptes, l’oreille attentive à la sagesse, le cœur incliné vers la raison. » Pr 2, 1-2 Quel programme ! Programme qui semble bien exigeant mais il nous est dit quelques versets plus loin : « Alors tu comprendras la justice, le jugement, la droiture, seuls sentiers qui mènent au bonheur. » Pr 2, 9

Dans toute vie chrétienne, dans toute vie communautaire, rien ne peut-être vrai, rien ne peut être vraiment vécu évangéliquement, s’il n’y a pas l’accueil de la Parole, celle du Seigneur ; mais aussi celle de ce même Seigneur transmise par nos frères et sœurs, tout particulièrement ceux et celles qui ont reçu la charge de nous guider sur les chemins de la sainteté. Si dans sa règle saint Benoît prône les grandes vertus du silence, c’est pour être chaque jour, continuellement à l’écoute de la Parole de Dieu. Sans silence il n’y a pas d’ « oreille attentive à la Sagesse », il n’y a pas de vraie rencontre avec le Seigneur, il n’y a pas de vraie vie communautaire. ‘Parole’ et ‘silence’ semblent des notions opposées et pourtant dans l’équilibre de toute vie humaine, elles sont complémentaires et constructives. L’homme qui n’est pas capable de se retrouver dans le silence ne s’écoute pas, n’écoute pas l’Autre, ne se construit pas. Le silence n’est pas une introspection de soi-même c’est l’instant où je laisse le frère, la sœur, les autres, me rejoindre pour que je puisse les écouter et les aimer ; c’est l’instant où la Parole de Dieu me pénètre, m’envahit, m’interroge, me transforme si je la laisse faire son chemin au plus profond de mon être. Mes sœurs, frères et sœurs, qui vivez cette règle offerte par Benoît à tous ses fils et filles, vous vivez cette ‘Sagesse de l’écoute’. L’abbé, l’abbesse sont là qui sans cesse en sont le signe, le rappel permanent, le chemin. Ensemble vous prenez ce ‘chemin de Sagesse’, vous le reprenez si c’est nécessaire, et, comme l’indique le livre des Proverbes, il vous permet de vivre dans « la justice, le jugement, la droiture seuls sentiers qui mènent au bonheur », au bonheur d’être ensemble dans une vie toute donnée à Dieu, à l’Eglise ; dans une vie qui témoigne du Salut offert par le Père en son Fils Jésus Christ.

Pour vivre un vrai ‘renouveau spirituel’ auquel les temps actuels et certaines étapes de vos vies communautaires vous appellent, chacun et chacune de vous et chacune de vos communautés, accueillez en vous cet ‘Esprit de Sagesse’. Il est au cœur de la Parole que Dieu nous donne à tous chaque jour ; il est au cœur de la parole que l’abbé ou l’abbesse transmet à sa communauté, il est dans la ‘Sagesse de l’écoute.’

Au cœur de cette célébration recevons tous ce premier appel : Accueillir en nous l’Esprit de Sagesse, la « Sagesse de l’écoute ».

Vivre dans la fraternité

Le second appel est celui de vivre dans un esprit très fraternel. Saint Paul l’avait écrit aux chrétiens de la ville de Colosse. Il nous le fait entendre aujourd’hui. La phrase centrale et insistante de ce texte proposé à notre méditation me semble bien être : « Par-dessus tout... ayez l’amour qui est le lien le plus parfait. » Col 3,14 Paul savait bien que vivre la ‘fraternité’ n’est pas facile. Il va proposer à la jeune communauté quelques clés pour qu’ils puissent vivre fraternellement. Ce qu’il va leur écrire, il nous le redit très fortement aujourd’hui à nous tous. Mais tout d’abord pourquoi faut-il vivre ‘la fraternité’ ? Parce que nous avons été ‘choisis’ pour cette vie fraternelle. Cela nous aurions peut-être tendance à l’oublier ! Paul est clair. « Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui. » La raison pour laquelle d’une manière préférentielle il nous faut vivre ‘la fraternité’, c’est que nous sommes des ‘choisis’, des ‘sanctifiés’, des ‘aimés’ par le Seigneur. Comme il est important de pouvoir nous redire cela, nous rappeler ce fondamental quand la vie fraternelle en vient à nous peser. Au cœur de notre appel à lui consacrer notre vie il y avait ce choix, cet appel à la vie fraternelle. Il était même déjà bien présent lors de notre baptême. Il a pris une forme particulière lors de nos engagements personnels. En se souvenant que nous avons à vivre la vie fraternelle parce que Dieu nous y a appelés et pour que nous puissions parvenir à la vivre le plus évangéliquement possible, Paul propose un chemin. Il nous invite à nous revêtir « de tendresse, de bonté, de compassion, d’humilité, de douceur, de patience ... d’accueil et de pardon mutuel. » (cf. Col 3, 12-1) Il nous invite encore à faire le point régulièrement – et vous le faites dans les chapitres - pour qu’ensemble « le lien le plus parfait de l‘amour » (cf. Col 3, 14) s’établisse. Saint Benoît le rappelle lui aussi dans sa Règle. Cette fraternité est à la fois vécue et soutenue par la communauté.
Pour vivre un vrai ‘renouveau spirituel’ auquel les temps actuels et certaines étapes de vos vies communautaires vous appellent, chacun et chacune de vous et chacune de vos communautés, vous avez à accueillir cet appel à vivre d’une manière plus intense encore la vie fraternelle.

Au cœur de cette célébration recevons tous ce second appel : vivre tout ce qui fait notre quotidien, la prière et le travail, « ora et labora », dans un esprit très fraternel.

Vivre l’unité

Le troisième appel, nous le recevons du Seigneur lui-même. Il ne nous est pas adressé par un texte qui nous vient de la sagesse biblique ou même de l’écrit d’un apôtre, il émane de la prière même de Jésus à son Père. « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » Jn 17,20 Il s’adresse à chacun de nous et interpelle toutes nos communautés. Il ne nous invite pas à une attention passagère mais à une vigilance de tous les instants et tout au long de nos vies. Le Christ ne demande pas à son Père de nous faire vivre, de nous installer dans un pacifisme de surface mais d’être unis dans la profondeur et la vérité la plus totale possible. Il nous invite à tendre de toutes nos forces vers une unité qui prenne modèle sur celle vécue par le Père, le Fils et l’Esprit- Saint. Une unité aussi forte que celle qui se vit au cœur de la Trinité. Cette prière du Christ, cet appel de Jésus, l’Eglise l’a bien compris comme une mission première de tous les baptisés. De cette unité, vécue au cœur de l’Eglise et de toutes les communautés d’Eglise, le Christ fait dépendre une part de la mission essentielle qu’Il a donnée à son Eglise : « afin que le monde sache... que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » Jn 17,23 Quand on sait les difficultés à vivre dans l‘unité, cette mission serait-elle au-dessus de nos possibilités humaines ? Non, car le Seigneur met toujours à notre disposition les moyens pour vivre ce qu’il nous demande. Mère Soazig, d’une certaine manière, nous le rappelle à tous quand elle choisit la prière de Jésus comme point d’insistance pour accomplir la mission que ses sœurs lui ont confiée : « Qu’ils soient un. » Mais que nous demande vraiment le Christ quand il nous invite à vivre dans l’unité ? L’unité n’a jamais été l’uniformité. Vivre l’unité dans l’Eglise, vivre l’unité dans une communauté ecclésiale, ce n’est pas de nous rassembler sous un dénominateur commun aussi élevé puisse-t-il être. Tant d’erreurs de ce genre ont été commises dont nous payons très chèrement le prix ! Il importe que, là où nous sommes, chacun puisse vivre ce qu’il est ; qu’il puisse développer au maximum les talents, les charismes reçus; qu’il puisse les mettre humblement au service de tous. La diversité des instruments fait la grandeur d’un orchestre et lui permet de nous offrir les plus belles symphonies. C’est bien cette harmonie qu’offre la diversité d’une communauté qui réalise l’unité et lui permet en la vivant de dire au monde, de signifier à tous l’immensité de l’amour de Dieu pour ce monde, pour chaque personne.

Oui, pour vivre un vrai ‘renouveau spirituel’ auquel les temps actuels et certaines étapes de vos vies communautaires vous appellent, chacun et chacune de vous et chacune de vos communautés, vous avez à accueillir cet appel à vivre dans vos diversités la grande prière de Jésus : « Que tous soient un ».

Au cœur de cette célébration recevons tous ce troisième appel : vivre cette grande prière de Jésus

« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. »

Mes sœurs, Frères et Sœurs, que cette célébration qui nous rassemble dans cette église abbatiale et autour de cette communauté de ‘La Joie Notre-Dame’ et de son abbesse nous remettent tous devant ces trois appels essentiels à toute vie chrétienne : Sagesse, fraternité, unité, que nous ayons à les vivre dans le monde ou dans un monastère. Ils sont essentiels à la mission reçue même s’ils sont vécus avec quelques connotations différentes suivant nos vocations propres et les lieux où nous les vivons.

Mère Soazig, ces appels vous les avez entendus depuis longtemps. Ils vous sont redits aujourd’hui. Avec toutes vos sœurs vous aurez à les vivre mais aussi, de temps à autre vous aurez à les leur rappeler fraternellement. Soyez confiante. Tous et toutes, nous prions pour vous en cet instant où vous recevez la bénédiction abbatiale, signe fort donné par le Seigneur à celle à qui, à la suite de l’expression libre de ses sœurs, il confie la communauté. L’Esprit-Saint sera toujours avec vous et vous toutes quand ensemble vous chercherez à vous laisser conduire par l’Esprit de Sagesse pour vivre dans la fraternité et l’unité.

Mgr Lucien Fruchaud Evêque émérite de Saint Brieuc et Tréguier

 

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