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Manuscrit de Cîteaux Bucherons

Amédée de Lausanne Marie porte du ciel

Ce n'est pas seulement au salut des âmes, mais aussi à la santé et aux besoins des corps humains que, dans sa vigilance aimante, elle pourvoit et porte remède. En effet, dans les lieux consacrés à la mémoire de sa sainteté, elle obtient que les boiteux marchent, que les aveugles voient, que les sourds entendent, que les muets parlent, soignant toutes sortes de langueurs et octroyant le bienfait d'innombrables guérisons.

Ils viennent à ses portes, les coupables, se frappant la poitrine, confessant leurs péchés et, le pardon reçu, ils retournent chez eux dans la joie. Ils viennent aussi, les aliénés, les faibles de la tête, les frénétiques, les maniaques, les possédés, ceux qui sont abusés par la terreur nocturne, par quelque hallucination ou par une véritable attaque du Malin; et tous viennent également à ses pieds, ceux qui ont l'esprit amer, ceux qui sont tristes, indigents, affligés, désolés, couverts de dettes, et - ce qui est le plus grave - ceux qui vivent dans le déshonneur et sont souillés d'une marque d'infamie.

De ceux-là, et de tous ceux qui crient du fond de n'importe quelle tribulation, elle accueille volontiers les prières et, en suppliant son Fils, dans sa miséricorde elle détourne d'eux tout mal. Car tout comme au contact du feu la cire se liquéfie, et comme la glace se fond aux rayons du soleil, de même l'armée ennemie s'évanouit devant sa face, et à sa parole rien ne subsiste de l'adversaire. /.../

Les uns, sa présence les rend vainqueurs en les faisant triompher des vices; à d'autres, son intercession maternelle assure la possession des plus hautes vertus; à certains, elle ouvre le secret de la contemplation intérieure; à d'autres, elle donne, au terme de leur vie, une route sûre, si bien que nulle force de l'ennemi ne saurait effrayer ceux que guide vers le Christ la mère du Fils unique de Dieu.

Il ne manque pas d'exemples nombreux pour appuyer ces assertions; ils sont connus et répandus pour que nous puissions les passer sous silence par souci de brièveté. Il faut savoir en toute certitude que les miracles très fréquents, les bienfaits innombrables, les visions spirituelles, les révélations célestes, les consolations sublimes de la sainte mère du Seigneur resplendiront continuellement dans l'univers, jusqu'à ce que ce monde vieilli trouve sa fin, à l'aurore du règne qui n'a pas de fin.

8ème Homélie mariale

Gilbert de Hoyland La raison de la foi

Heureux le parcours de la raison, mais pour autant que celle-ci se maintienne à l’intérieur des règles de la foi, qu’elle n’en dépasse pas les limites et qu’elle aille de la foi à la foi ou de la foi à l’intelligence. Car l’intelligence, même si elle dépasse la foi, ne scrute pourtant rien d’autre que le contenu de la foi. L’intelligence, par rapport à la foi, ne comporte pas une plus grande certitude, mais une sérénité plus profonde. Aucune des deux n’erre ni n’hésite. Car là où se présentent l’erreur et l’hésitation, là n’est pas l’intelligence. Et là où se rencontre l’hésitation, là n’est pas la foi. Si la foi se montre capable d’admettre une erreur, elle n’est ni vraie ni catholique : ce n’est qu’une crédulité erronée.

La foi, si je puis dire, tient et possède la droite vérité ; l’intelligence, elle, scrute la vérité révélée dans sa nudité ; la raison enfin s’efforce de la révéler. La raison se situe donc, dans sa réflexion, entre la foi et l’intelligence : elle se dresse vers celle-ci mais sans se laisser régir par celle-là. La raison veut faire plus que de croire. Que veut-elle d’autre ? – concevoir. C’est une chose que de croire, une autre de discerner. Pourtant la raison ne cherche pas à concevoir autre chose que ce qu’elle saisit de la foi. Encore incapable de voir clairement, elle n’en tente pas moins, à partir d’expériences appropriées, de s’expliquer ce qu’à saisi la foi dans sa totalité. La raison s’efforce donc de dépasser la foi, mais en prenant appui sur la foi et en laissant celle-ci la retenir. D’abord elle s’avère spirituellement fervente, puis sur ses gardes, et en troisième lieu sobre. De la sorte – si je puis dire – la foi tient, la raison examine, l’intelligence regarde.

Heureux ce parcours dans lequel l’esprit, sous la conduite de la raison, s’avance en scrutant, mais sans s’éloigner de la foi - au contraire : instruit par elle et limité par elle. Car on se trompe absolument si l’on ne ramène pas tout à la norme de la foi et si l’on n’amende pas l’élan précipité de la raison pour l’amener à maturité.

Heureux parcours où la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi. Heureux parcours où l’homme est transformé de gloire en gloire comme par l’Esprit du Seigneur. Heureux parcours où, dans l’oubli de ce qui est en arrière, on tend vers l’avant de tout son être dans le désir de saisir si possible. Oui, heureux parcours, non seulement lorsqu’on ne saisit pas toujours des réalités nouvelles et plus cachées, mais lorsque, dans un élan affectif toujours nouveau et jaillissant, on repasse en son esprit des réalités déjà perçues. Et non seulement lorsqu’on pénètre ce qui reste à découvrir, mais qu’on se souvient sans cesse de ce que l’on a déjà pénétré.

Sermon 4 sur le Cantique des Cantiques

Isaac de l'Etoile Regarder en soi-même

 Si tu veux te connaître toi-même et te posséder, entre en toi-même, ne te cherche pas au dehors. Il y a une différence entre toi, ce qui est à toi, ce qui est autour de toi. Autour de toi, le monde ; à toi, ton corps ; toi, l’être fait intérieurement à l’image et similitude de Dieu. Reviens donc au-dedans, à ton moi, à ton cœur. Extérieurement, tu es animal, à l’image du monde : et c’est pourquoi on dit de l’homme qu’il est un petit monde. A l’intérieur, tu es un homme à l’image de Dieu, capable d’être déifié.

Ainsi, frères, l’homme qui rentre en lui-même, tel le plus jeune fils, le prodigue, où se retrouve-t-il, sinon dans une région lointaine, dans une région de dissemblance, dans une terre étrangère, où il s’asseoit et pleure au souvenir de son père et de sa patrie ? S’il garde les pourceaux et qu’il a faim, ne trouve-t-il pas en lui de quoi pleurer ? Si beaucoup de mercenaires, dans la maison de son père, ont du pain en abondance, tandis que lui-même, dans son exil et sa pauvreté, cherche vainement des caroubes pour son ventre, ses yeux ne trouvent-ils pas facilement des larmes ?

O Adam, où es-tu ? Peut-être encore dans l’ombre, pour ne pas te voir toi-même, tu assembles des feuilles de vanité pour couvrir ta honte : tu vois ce qui est autour de toi, tu vois ce qui est à toi, car tes yeux sont ouverts à cette vision. Regarde au-dedans pour te voir toi-même : c’est là que se trouve le plus honteux et qui t’inspire la honte pour ce qui paraît au dehors. Reviens au-dedans, reviens à ton âme. Vois et pleure cette âme sujette à la vanité, à l’iniquité et à la captivité qui l’empêche de se libérer. Va au-dehors, vers la chair. Vois et pleure cette chair sujette à la corruption, à la mortalité et à l’infirmité qui lui interdit de se relever.

Et disons-le brièvement, mes très chers, quiconque rentre en soi-même, se connaît soi-même, pénètre l’abîme de sa misère, de son ignorance, de ses difficultés, de ses passions et juge sa conscience, a moins envie de pleurer, là même où l’affliction humaine est la plus spontanée, au deuil d’un de ses proches même le plus proche ; il y est moins rongé de tristesse, moins secouée de sanglots qu’à son propre deuil, qui lui est d’autant plus proche qu’il lui est intérieur. Pourquoi avoir pitié d’un autre quand on n’a pas pitié de soi ?

Mes frères, laissons-nous redresser par la doctrine de la sagesse céleste et soit dans l’action, soit dans le repos, rentrons en nous-mêmes et pleurons ; gémissons en présence du Seigneur que sa bonté porte à pardonner, convertissons-nous à lui dans le jeûne, les pleurs, le deuil sur nous-mêmes, afin qu’un jour, à proportion de la multitude des douleurs en nos cœurs, ses consolations réjouissent nos âmes. Bienheureux en effet ceux qui pleurent, non parce qu’ils pleurent, mais parce qu’ils seront consolés. La douleur est le chemin ; la consolation est la béatitude

2ème sermon en la Fête de tous les saints

St Bernard Aujourd'hui le Seigneur viendra

Sachez aujourd'hui que le Seigneur viendra

"Habitants de la terre, fils des hommes, écoutez". Vous qui gisez dans la poussière, debout pour la louange, car un médecin vient vers les malades, un rédempteur vers ceux qui avaient été vendus au péché, une route s’ouvre pour ceux qui errent, la vie est rendue aux morts. Il vient, en effet, Celui qui jettera tous nos péchés au fond de la mer, guérira toutes nos infirmités, nous ramènera sur ses propres épaules à la source de notre propre dignité. Grande est sa puissance, mais plus admirable encore sa miséricorde, puisqu’il a voulu venir ainsi, lui qui aurait pu se contenter de nous porter secours.

"Sachez qu’aujourd’hui, est-il dit, le Seigneur viendra". Certes, ces paroles ont été inscrites à leur place et en leur temps dans l’Écriture, mais ce n’est pas déplacé de la part de la mère Église, de les avoir prises pour la veille de la Nativité du Seigneur. L’Église, dis-je, qui détient le conseil et l’esprit de son Époux et de son Dieu, entre les seins de laquelle repose le Bien-aimé, possédant et gardant en prince le trône de son cœur. Certes, c’est elle qui a blessé son cœur, et qui a plongé l’œil de sa contemplation dans l’abîme même des secrets de Dieu, pour lui faire une demeure éternelle en son propre cœur, et pour s’en faire une pour elle dans le sien. Lors donc qu’il lui arrive de changer ou d’intervertir les expressions des divines Écritures, cet arrangement des mots est plus valable que le premier, comme la vérité l’emporte sur les figures, la lumière sur l’ombre, la maîtresse de maison sur la servante.

"Sachez qu’aujourd’hui le Seigneur viendra". À mon sens, deux jours nous sont indiqués très distinctement par ces mots. Le premier s’étend de la chute du premier homme jusqu’à la fin du monde, et l’on sait que bien souvent les saints l’ont maudit. Car de ce jour très lumineux dans lequel il avait été créé, Adam fut rejeté, et, poussé par les difficultés de la vie, il tomba dans un jour ténébreux, presque dénué de la lumière de la vérité. Dans ce jour, nous sommes tous nés ; et plutôt que de jour, il faudrait parler de nuit, si la miséricorde incomparable de Dieu ne nous avait laissé la lumière de la raison, telle une petite flammèche.

Mais le second jour se déroulera dans les splendeurs des saints, dans des éternités sans fin. Ce sera quand brillera ce matin parfaitement limpide qui aura pour partage la miséricorde promise, et lorsque la nuit sera engloutie dans sa victoire. Ombres et ténèbres une fois disparues, la splendeur de la vraie Lumière s’emparera également de toutes choses, en haut et en bas, au-dehors et au-dedans.

Voilà pourquoi le Fils Unique de Dieu, le Soleil de justice est allumé et luit dans la prison de ce monde, tel un Cierge qui brille d’une immense et merveilleuse lumière. Que tous ceux qui veulent être éclairés s’approchent de lui et s’unissent à lui, de telle sorte qu’il n’y ait plus rien entre lui et eux.

3e sermon pour la vigile de Noël. 1 et 2.

Baudouin de Ford Baptisés dans le Christ

Les Israélites furent « baptisés en Moïse », et nous, « dans le Christ ». Mais ils ne furent pas baptisés en Moïse de la même manière que nous dans le Christ. « Moïse, serviteur de Dieu », envoyé de Dieu ainsi que lui-même le disait, annonça au peuple les paroles de Dieu. De ses paroles, qui étaient aussi celles de Dieu, « les prodiges qui les accompagnaient » firent foi. Mais ces signes manifestés par « la main de Moïse » furent produits par la puissance de Dieu, non par celle de Moïse. Par leur moyen, la foi naquit ou grandit en ceux qui crurent, et qui, purifiés par la foi, plurent à Dieu. Ces hommes furent donc aidés à croire par le ministère et l’exemple de Moïse, mais l’auteur de cette foi, qu’ils conçurent sous le choc et l’émotion des prodiges, ne fut pas Moïse, mais Dieu, en qui ils crurent, et à qui ils plurent en croyant. Ayant donc la foi en un seul vrai Dieu qui s’appelait « le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob », et qui leur avait envoyé Moïse ; ayant la foi dans le Sauveur qui devait venir, selon la promesse faite à Abraham, à Isaac et à Jacob, et suivant l’exemple de la foi de ces Pères, ils furent baptisés non par Moïse, mais en Moïse. Ils furent baptisés, en effet, par celui qui les purifia, et purifié par celui qui leur inspira divinement de croire ; baptisés donc spirituellement, non lavés extérieurement, mais sanctifiés à l’intérieur. Ils eurent ainsi le baptême spirituel, comme nous avons la circoncision spirituelle. C’est donc par la vertu et la grâce du Christ qu’ils furent baptisés, tout comme nous, puisque c’est par la foi au Christ, foi dont il est lui-même l’auteur et qu’il mène à la perfection, qu’ils furent sanctifiés, tout comme nous. Le Christ les justifiait alors par la foi, comme il le fait pour nous aujourd’hui. N’allez pas croire qu’il n’existait pas alors, celui qui a dit : « Avant qu’Abraham fût, je suis ». Et l’Apôtre lui-même, parlant de Moïse, dit : « Il estima que l’humiliation du Christ était trésor plus grand que les richesses d’Égypte »

Le sacrement de l’autel n° 94

Benoît : Office