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Manuscrit de Cîteaux Bucherons

Alain de Lille Vierge Marie

La Sainte Vierge a aimé Jésus de tout son cœur, de toute son âme.

 Elle a aimé le Christ de tout son cœur, elle qui a nourri, pressé contre elle le corps du christ, au point, dans son amour pour le corps du Christ, d’oublier l’amour de son propre corps. Elle a consacré ainsi toutes les affections de son cœur aux besoins d’un petit enfant, qui devait naître, se nourrir de lait, vagir et grandir. Elle a aimé aussi le Christ de toute son âme : si puissante a été la vigueur du Saint-Esprit à lui venir en aide, qu’elle l’a enflammée, par amour du Christ, pour tout ce qui est salutaire et saint. Elle a aimé enfin le Christ de toutes ses forces, si fort qu’il suffit pour la louer de dire ceci : la force de l’amour avait tellement pris possession de son âme que, tandis que les disciples prenaient la fuite, elle, oubliant la faiblesse de son sexe, resta debout près de la croix, tout en larmes, souffrant avec le divin mourant. Si elle ne déposa pas son âme en subissant la passion, elle l’abandonna du moins en la livrant à la compassion.

Commentaire sur le cantique des Cantiques, 2

Bernard de Clairvaux : Dédicace

On parle de toi glorieusement, maison de Dieu.

Les tentes sont caractérisées par les gémissements de la pénitence, les parvis par l’avant-goût seulement de la joie ; toi la maison, par la gloire à satiété. La première de ces demeures est celle de la prière, la deuxième celle de l’attente, et toi, la demeure de l’action de grâce et de la louange. Heureux donc celui qui, ici-bas, se sera détourné du mal - c'est-à-dire de la faute - pour faire le bien, de manière un jour à être délivré du mal - c'est-à-dire de la peine - pour recevoir en toi son bien. Les tentes d’ici-bas ne connaissent en effet que les prémices de l’Esprit ; les parvis en connaissent la richesse ; toi, la plénitude, lorsque la bonne mesure, tassée, secouée et débordante sera versée dans notre sein. Dans les tentes d’ici-bas on devient saint, dans les parvis on connaît la sécurité, en toi on goûte le bonheur.

 

Sermon 4 pour la dédicace.

Aelred de Rielvaux Joug du Seigneur

Quoi d’aussi proche de la tranquillité divine que de n’être plus ému par les affronts qui nous sont faits, de n’être effrayé par nul tourment, nulle persécution, mais de garder un calme identique dans le bonheur et le malheur, de voir d’un même œil, ennemi ou ami, de se rendre semblable à Celui "qui fait lever son soleil sur les bons et sur les mauvais, et pleuvoir sur les justes et sur les injustes" ?

Tout cela se trouve dans la charité, et rien que dans la charité. C’est de même en elle que réside la vraie tranquillité, la vraie douceur, car c’est elle le joug du Seigneur ; si, à l’invitation du Seigneur, nous le portons, nous trouverons le repos pour nos âmes, car "le joug du Seigneur est doux et son fardeau léger". C’est que "la charité est patiente, elle est serviable, elle ne s’enfle pas, elle n’agit pas de travers, elle n’est pas ambitieuse".

Ainsi les autres vertus sont pour nous comme une voiture pour un homme fatigué, ou comme la nourriture pour un voyageur, ou une lumière pour des gens perdus dans les ténèbres, ou des armes pour un combattant. Mais la charité - qui doit se trouver dans toutes les vertus pour qu’elles soient des vertus -, est par elle-même, d’une manière toute spéciale, le repos du fatigué, la demeure du voyageur, la pleine lumière pour celui qui parvient au but et la couronne parfaite de celui qui remporte la victoire.

Miroir de la charité

Benoît : Office