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Manuscrit de Cîteaux Bucherons

Geoffroy d'Auxerre Le centuple promis

N'a-t-il pas tout au centuple celui que remplit l'Esprit Saint et qui porte le Christ en son cœur ? La visite de l'Esprit Consolateur, la présence du Christ, ne sont-elles pas plus que le centuple ? Le centuple, c'est l'adoption des enfants, la liberté de l'esprit, les délices de la charité, la gloire de la conscience, le royaume de Dieu qui est en nous "non comme nourriture et boisson, mais comme justice, paix et joie dans le Saint-Esprit"... C'est ce feu que le Christ a voulu ardemment allumer. C'est la paix que le Christ a laissé aux siens. C'est la grâce de la dévotion, cette onction qui apprend tout, que connaît celui qui l'a éprouvée, qu'ignore celui qui ne l'a pas expérimentée, car seul peut la connaître qui l'a reçue.

L'œil n'a pas vu, ô mon Dieu, si ce n'est vous, ce que vous avez préparé à ceux qui vous aiment. C'est la paix qui surpasse la paix, un continuel transport, le torrent de la divine volupté, le fleuve de la joie, la parfaite allégresse. Imaginez ce que vous voudrez, désirez tout ce que vous pouvez, cette félicité, cette éternité, cette béatitude dépasse toute pensée, tout désir.

Béatitude à laquelle daigne nous conduire dans sa miséricorde, nous prévenant de sa douce bénédiction, nous accordant pour attendre le centuple promis, pour soulager et guérir les souffrances de la vie présente, nous empêcher de tomber sur la route et nous faire espérer par ses dons actuels ceux qu'il nous destine dans la vie future, Celui qui est venu pour que nous ayons la vie, que nous l'ayons avec surabondance, Jésus-Christ Notre Seigneur, qui, avec le Père et le Saint Esprit vit et règne dans l'infinité des siècles. Amen

St Bernard Heureuse Marie

 Heureuse est Marie, mille fois heureuse !

Qui pourrait seulement imaginer la gloire dans laquelle la Reine du monde s'est avancée aujourd'hui et l'élan de total empressement avec lequel toute la multitude des légions du ciel s'est portée à sa rencontre : imaginer aussi au son de quels chants elle a été conduite jusqu'au trône de gloire, avec quel visage paisible, quelle figure sereine et quels divins embrassements son Fils l'a accueillie? Il l'a exaltée au-dessus de toute créature, avec l'honneur qui revenait à une telle mère et la gloire qui revenait à un tel Fils.

Pour sûr, elle trouvait un grand bonheur dans les baisers qu'il lui donnait au temps où elle l'allaitait et le tenait fièrement contre son sein virginal. Mais n'estimerons-nous pas son bonheur plus grand encore de recevoir aujourd'hui, en signe de bienheureuse salutation, les baisers de Celui qui siège à la droite du Père ? Ceci au moment où elle parvient à son trône de gloire et où elle entonne ce chant nuptial: "Qu'il me donne un baiser de sa bouche".

La naissance du Christ, l'assomption de Marie, qui les racontera ? Plus était grande la grâce qu'elle reçut sur la terre et qui surpasse celle de toutes les autres femmes, plus grande aussi la gloire sans pareille qu'elle obtient dans le ciel. Si l'œil n'a pas vu, ni l'oreille entendu, et si n'est pas monté au cœur de l'homme ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment, alors, qui pourrait dire ce qu'il a préparé pour celle qui l'a mis au monde? pour celle - tous peuvent en être certains - qui l'a aimé plus que tous !

Oui, heureuse est Marie, et mille fois heureuse, aussi bien quand elle reçoit le Sauveur que lorsqu'elle est reçue par lui : dans un cas comme dans l'autre la virginité de cette mère rayonne d'une admirable dignité, et la majesté qui lui est accordée mérite tout l'élan de notre attachement.

 

Sermon I sur l'Assomption de la bienheureuse Marie, § 4

Geoffroy d'Auxerre Le centuple promis

N'a-t-il pas tout au centuple celui que remplit l'Esprit Saint et qui porte le Christ en son cœur ? La visite de l'Esprit Consolateur, la présence du Christ, ne sont-elles pas plus que le centuple ? Le centuple, c'est l'adoption des enfants, la liberté de l'esprit, les délices de la charité, la gloire de la conscience, le royaume de Dieu qui est en nous "non comme nourriture et boisson, mais comme justice, paix et joie dans le Saint-Esprit"... C'est ce feu que le Christ a voulu ardemment allumer. C'est la paix que le Christ a laissé aux siens. C'est la grâce de la dévotion, cette onction qui apprend tout, que connaît celui qui l'a éprouvée, qu'ignore celui qui ne l'a pas expérimentée, car seul peut la connaître qui l'a reçue.

L'œil n'a pas vu, ô mon Dieu, si ce n'est vous, ce que vous avez préparé à ceux qui vous aiment. C'est la paix qui surpasse la paix, un continuel transport, le torrent de la divine volupté, le fleuve de la joie, la parfaite allégresse. Imaginez ce que vous voudrez, désirez tout ce que vous pouvez, cette félicité, cette éternité, cette béatitude dépasse toute pensée, tout désir.

Béatitude à laquelle daigne nous conduire dans sa miséricorde, nous prévenant de sa douce bénédiction, nous accordant pour attendre le centuple promis, pour soulager et guérir les souffrances de la vie présente, nous empêcher de tomber sur la route et nous faire espérer par ses dons actuels ceux qu'il nous destine dans la vie future, Celui qui est venu pour que nous ayons la vie, que nous l'ayons avec surabondance, Jésus-Christ Notre Seigneur, qui, avec le Père et le Saint Esprit vit et règne dans l'infinité des siècles. Amen

Guillaume de Saint-Thierry Trinité

C'est pourquoi le Verbe de Dieu est apparu dans la forme d'un homme, afin qu'ayant autrefois parlé à plusieurs reprises et en diverses manières, à nos pères par les prophètes, Dieu nous parle enfin en ces jours présents par son Fils ; c'est-à-dire efficacement, comme par son Verbe même, car ce qui se faisait en lui temporellement et corporellement, il le tendait à recevoir pour ainsi dire aux mains de la foi ; mais le Verbe lui-même, par qui tout a été fait, il le promettait à ceux qui devaient être purifiés à travers les réalités corporelles et temporelles et réservait à ceux qui seront purifiés de le contempler et de le posséder plus pleinement dans l'éternelle béatitude. De même qu'au ciel, le Christ ne sera pas connu selon l'homme, de même ici-bas, que ceux qui désirent le connaître dans une certaine mesure au-dessus de l'homme, ne s'attachent pas trop aux mots qui sont dits de lui, mais qu'ils s'en servent comme d'un navire pour passer de la foi à la vision. En effet, quand il est dit que le Père est dans le Fils et le Fils dans le Père et qu'ils sont en nous, et nous en eux, si nous comprenons ces choses selon les mots, que forgeons-nous dans nos cœurs sinon une idole ? Puisque pour chacun le lieu est là où il se trouve, si en partant de ces paroles nous pensons « lieu » ou quelque chose de local en Dieu, nous errons loin de la vérité. Comme nous l'avons dit, soit par les mots, soit par les formes des mots, il progresse beaucoup celui qui n'accepte dans son cœur à propos de Dieu aucune pensée qui ne soit Dieu lui-même, tant que Dieu ne peut être pensé tel qu'il est. Mais comme autre est le Père, autre le Fils, dire que pour le Père être dans le Fils est être ce qu'est le Fils, pour le Fils être dans le Père est être ce qu'est la Père. Quant à nous, nous sommes en eux par l'affection pieuse, et eux sont en nous par l'opération très miséricordieuse de l'amour lui-même. Mais ces paroles du Seigneur et nos paroles qui les expriment, par l'usage ou par la raison, nous avons enseigné à notre bouche à les dire, à notre cœur à y penser autant de fois que nous le voulons ; cependant, parfois nous ne le comprenons pas, même si nous le désirons vivement, si ce n'est par l'expérience de l'affection et par le sens intérieur de l'amour illuminé. C'est pourquoi le Seigneur lui-même apparaissant aux hommes dans la chair, de même qu'il a arraché du monde les vaines idoles, de même en proposant à ceux qui pensent à Dieu l'unité dans la Trinité et la Trinité dans l'unité, il a, fulgurant éclair de la divinité, ôté toute vaine imagination relative à Dieu de la pensée inspirée de la foi. Du moment qu'il a enseigné que l'intelligence de la divinité dépasse l'homme, il a enseigné par là aux hommes à penser à sa manière. Donc tous les faits ou paroles du Verbe de Dieu sont pour nous une seule parole ; tout ce qu'à son propos, nous lisons, entendons, disons, méditons, soit en provoquant l'amour, soit en suscitant la crainte, nous ramène à l'un, nous conduit vers l'un ; beaucoup de choses sont dites à propos de lui et rien n'est dit, car on ne parvient à la réalité que si lui-même que nous cherchons vient à nous, illumine devant nous son visage et éclaire sa face pour qu'à la lumière de son visage, nous sachions par où nous avançons. Son visage qui se fait connaître au sentiment de celui qui aime, c'est sa volonté ; sa face, c'est la connaissance de la vérité. Jamais on ne pense bien au sujet de Dieu, sinon quand Dieu se présente sous cette face ou que le sentiment de celui qui sent Dieu se conforme à cette face ; et on ne juge pas bien de ce que l'on a ainsi senti, si ce n'est pas de ce visage que provint le jugement de celui qui juge; on ne fait rien de bien et on ne vit pas bien si ce n'est de lui que vient la forme des actes et de la vie de qui veut vivre selon Dieu et l'on ne cherche à avoir et l'on ne reçoit de lui que par le don de la grâce qui prévient tout mérite.

Le Miroir de la foi n°76-77

Thomas le cistercien. La chair du Christ a fleuri

Lors de la résurrection, Jésus se montre dans une chair florissante ; d'où cette exclamation : Ma chair a refleuri. Voici, l'hiver est passé, les fleurs sont apparues sur notre terre. Oui vraiment des fleurs : de trois d'entre elles particulièrement la chair du Christ a fleuri. Premièrement, ce fut la rose, c'est-à-dire la fleur des champs, deuxièmement le lis des vallées, troisièmement la fleur de l'amandier. La première signifie l'immunité à l'égard du péché, la deuxième la virginité de la Vierge, la troisième la joie de la résurrection. La première sort sans épine d'une terre épineuse, la deuxième sans tache d'une terre inculte, la troisième d'une pierre sans dureté. La première, en effet, sort du peuple juif, la deuxième du sein de la Vierge, la troisième du sépulcre. La première est issue du rameau d'Aaron, la deuxième de la racine de Jessé, la troisième de l'amandier qui a fleuri et par lequel l'homme reviendra à sa demeure d'éternité. La première est la fleur des champs, c'est-à-dire la rose qui naît de l'épine sans connaître l'aiguillon, car le Christ est né des pécheurs, lui qui n'a pas connu le péché. La deuxième fleur est celle qui s'avance et naît de la souche verdoyante du lis, car c'est la Vierge qui a enfanté le Christ vierge, et cela sans dommage pour sa propre virginité. La troisième fleur est celle de l'amandier, lequel fleurit avant tous les autres arbres, car le Christ est ressuscité, prémices de ceux qui se sont endormis et premier-né d'entre les morts.

Vous donc qui cherchez à être purs à l'égard des péchés, fructifiez comme la rose plantée près des cours d'eau. Vous qui vous exercez à la virginité, répandez le parfum suave des lis. Vous qui aspirez à la résurrection, regardez l'amandier, par qui l'homme retourne à sa demeure d'éternité. Cet amandier a produit feuille, fleur et fruit : la feuille, qui est la parole de l'enseignement ; la fleur, qui est la joie de la résurrection ; le fruit,qui est la confession du Père. La première dans la prédication, la deuxième dans la résurrection, la troisième dans l'ascension. Par la première, nous avons bénéficié de la connaissance de la vérité ; par la deuxième, nous recevons la robe de joie ; par la troisième, nous entrons dans la lumière de la divinité.

Commentaire sur le Cantique des cantiques I 57-58

 

Benoît : Ecoute