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Manuscrit de Cîteaux Bucherons

Silence du tombeau

Silence
Du tombeau !
Le monde se tait après la mort
Du germe de la moisson ;
Comme une semence
Dans le sillon,
Dessous la pierre on dépose le corps :
Voici l'heure du repos,
Le temps de l'espérance.


Détresse
Du tombeau !
La terre a saisi son Créateur,
La mort a pris le vivant ;
Pour nous il s'abaisse
Jusqu'au néant,
Avant le don de l'Esprit défenseur,
Voici l'heure du repos,
Le temps de la promesse.


Mystère
Du tombeau !
La femme se tient auprès du lieu
Où passe le Premier-Né ;
L'enfant que le Père
Lui a confié
Vient d'achever son retour vers les cieux :
Voici l'heure du repos,
Le temps d'ouvrir la terre.


Victoire
Du tombeau !
La garde s'endort et vient la nuit,
L'amour descend aux enfers :
« Venu dans l'histoire
J'ai tout offert.
Laisse la mort, Adam, car aujourd'hui
Voici l'heure du repos,
Le temps de notre gloire ».

CFC - P. Paul

AMÉDÉE DE LAUSANNE - LA MÈRE DE DIEU

AMÉDÉE DE LAUSANNE

LA MÈRE DE DIEU

Durant la nuit de Noël, la douceur de l’air rayonnait, agréable et sereine, et toutes choses, en paix et à leur place, témoignaient que l’auteur de la douceur et de la paix était venu. Ne crois-tu pas que tout fut en paix à la naissance du Christ, puisque tu lis qu’à sa mort tout fut bouleversé ? Sensibles au point de sentir sa mort, les créatures ignoreraient-elles sa naissance ?
Mais si tout, à sa naissance, était dans la joie, quelle ne fut pas la joie de sa mère ? Si tout se réjouissait, de quel bonheur ne jouissait-elle pas, elle ? Quelle joie chez celle qui l’avait engendré, si tout était à ce point dans l’allégresse ? La langue balbutie, le cœur défaille, l’esprit s’étonne devant l’intensité d’un tel bonheur. Comment en effet un vase encore fragile, encore fait de boue et mortel, pouvait-il ne pas se briser sous un tel afflux de joies ? C’est qu’il la gardait sous son ombre lors de la naissance du Christ, celui qui l’avait prise sous son ombre à sa conception. Il lui donnait de supporter les joies, celui qui les accordait à profusion ; et la force de la divinité soutenait de son admirable puissance celle que la gloire de la majesté remplissait d’une ineffable abondance.
Lors donc qu’elle eut mis au monde l’enfant promis et qu’elle eut enfanté le jour venant du jour pour nous donner le jour, tournée vers Dieu de tout son cœur, Marie fit entendre vers les hauteurs le cri de son action de grâces et de sa louange ; elle offrit le sacrifice agréable des lèvres, présenta les holocaustes pacifiques du cœur et fit monter vers le Seigneur un encens au parfum très suave. Recevant l’Emmanuel nouveau-né, elle contempla une lumière incomparablement plus belle que le soleil, elle ressentit un feu que les eaux ne pouvaient éteindre. Dans la petite lampe d’argile qu’était le corps qu’elle avait enfanté, elle reçut la splendeur qui illumine toutes choses ; elle porta dans ses bras le Verbe qui porte l’univers.
Remplie de la science du Seigneur comme les eaux de la mer quand elles débordent, elle est ravie hors d’elle-même et, l’esprit élevé dans les hauteurs, elle se fixe dans la plus sublime contemplation. Elle s’étonne, elle vierge, d’être devenue mère ; joyeuse, elle s’étonne d’être la mère de Dieu. Elle comprend qu’en elle sont réalisés les promesses des patriarches, les oracles des prophètes, les désirs des anciens Pères, qui avaient annoncé que le Christ naîtrait d’une vierge et qui, de tous leurs vœux, attendaient sa naissance. Elle voit le Fils de Dieu qui lui est remis, elle se réjouit que le salut du monde lui soit confié.
Elle entend le Seigneur Dieu parler en elle et lui dire : “Voici que je t’ai choisie parmi toute chair, et bénie entre toutes les femmes. Voici que je t’ai remis mon Fils, que je t’ai confié mon Unique. Ne crains pas d’allaiter celui que tu as engendré, d’élever celui que tu as enfanté. Reconnais-le non seulement pour Seigneur, mais pour Fils. Il est mon Fils, il est ton Fils : mon Fils par la divinité, ton Fils par l’humanité qu’il a prise”.
Aussi, quel empressement et quel soin, quelle humilité et quel respect, quel amour et quel dévouement la Vierge n’a-t-elle pas mis à répondre à cet appel ! Les hommes ne le savent pas, mais Dieu le sait, lui qui scrute les reins et les cœurs.

4e Homélie - PL 188, col 1323 D à 1324 C

Guillaume de Saint-Thierry : intelligence de la foi

C'est dans l'Esprit-Saint qu'il faut chercher l'intelligence de la foi

Toi donc, ô âme fidèle, quand dans ta foi des mystères plus profonds sont présentés à ta nature inquiète, ose dire, non pas avec un effort pour te mettre en avant, mais un amour plein de docilité : Comment cela se fera-t-il ? Que ta question soit ta prière, qu’elle soit amour, piété, humble désir ; qu’elle ne scrute pas, en sa sublimité, la majesté de Dieu, mais cherche dans les œuvres de salut de Dieu le salut de nos œuvres de salut. L’ange du grand conseil te répondra : Quand viendra le Paraclet que je vous enverrai du Père, celui-ci rendra témoignage de moi, il vous suggérera tout et l’esprit de vérité vous enseignera toute vérité. Personne, en effet ne sait ce qui est de l’homme si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui-même ; de même personne n’a connu ce qui est de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Hâte-toi donc de participer à l’Esprit-Saint. Il est présent, lorsqu’on l’invoque ; et on ne l’invoque que s’il est déjà présent. Et quand il est appelé, il vient ; il vient dans l’abondance de la bénédiction de Dieu. Il est le fleuve impétueux qui réjouit la cité de Dieu. Lorsqu’il sera venu, s’il t’a trouvé humble, paisible et craignant les paroles de Dieu, il reposera sur toi ; et il te révélera ce que Dieu le Père cache aux sages et aux prudents de ce siècle. Alors commenceront à luire pour toi les paroles que la sagesse a pu dire sur cette terre à ses disciples, mais ceux-ci ne pouvaient pas les porter, avant que ne vînt l’esprit de vérité qui leur enseignerait la vérité. On espérerait en vain les percevoir et les apprendre de la bouche d’un homme, puisqu’elles ne peuvent être perçues ou apprises que de la langue de la vérité elle-même. N’est-ce pas en effet la Vérité qui a dit : Dieu est esprit ? De même qu’il est nécessaire que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité, de même pour ceux qui désirent le savoir et le connaître, c’est dans l’Esprit-Saint qu’il faut chercher l’intelligence de la foi, et le sens de cette vérité pure et simple. Car dans les ténèbres de l’ignorance de cette vie, il est lui-même la lumière illuminante pour les pauvres en esprit, il est la charité qui entraîne, il est la suavité qui touche, il est l’accès de l’homme vers Dieu, il est l’amour de celui qui aime, il est la dévotion, il est la piété. Il révèle de croyance en croyance la justice de Dieu aux fidèles, lorsqu’il donne grâce pour grâce et pour la foi qui écoute la foi illuminée.

Le miroir de la foi

Aelred de Rievaulx - Le signe : Jésus dans une mangeoire

AELRED de RIELVAUX

Le Signe :  Jésus dans une mangeoire

Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une mangeoire.
Pourquoi aimer ce petit enfant qui vient de naître ? Peut-être craignez-vous le Seigneur des anges, Celui qui règne aux cieux ; aimez ce petit enfant, celui qui gît dans une mangeoire. Quel signe reçurent les bergers de sa naissance ? Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une mangeoire. C’est là le signe qu’il est Sauveur, qu’il est Christ, qu’il est Seigneur. Mais qu’y a-t-il d’extraordinaire à être enveloppé de langes et couché dans une mangeoire ? Les autres bébés ne sont-ils pas eux aussi enveloppés de langes ? Quel est donc ce signe ? Certes, c’est une grand signe, à condition toutefois de bien le comprendre. Et nous le comprenons si nous ne faisons pas qu’entendre la nouvelle, mais que nous avons aussi dans le cœur la lumière qui apparut en même temps que les anges. Si l’ange apparut nimbé de lumière lorsqu’il annonça, le premier, cette nouvelle, c’est pour que nous sachions que ceux-là seulement entendent vraiment qui ont en eux une lumière spirituelle.
Il y aurait beaucoup à dire à propos de ce signe ; je n’en dirai que peu de choses… Bethléem, la maison du Pain, c’est la Sainte Eglise où est servi le Corps du Christ, Pain véritable. La mangeoire dans Bethléem, c’est l’autel dans l’église. C’est là que sont nourries les ouailles du Christ dont il est dit : Tes ouailles y habiteront. De cette table, il est écrit : Tu as préparé devant moi une table. Dans cette mangeoire, sous les apparences du pain et du vin, se trouvent vraiment le Corps et le Sang du Christ. Nous croyons que le Christ lui-même est là, mais enveloppé de langes, c’est-à-dire qu’il est invisiblement présent dans ces Saints Mystères. Nous n’avons pas de signe plus grand et plus évident de la naissance du Christ que le fait de recevoir chaque jour au saint autel son Corps et son Sang. Celui qui est né une seule fois de la Vierge, nous le voyons chaque jour immolé pour nous.
Ainsi donc, frères, hâtons-nous vers la crèche du Seigneur, mais, dans la mesure du possible, préparons-nous par sa grâce à l’approcher, de manière à être unis aux anges et à avoir un cœur pur, une bonne conscience et une foi sincère pour chanter au Seigneur par toute notre vie et toute notre conduite : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Sermon 3 pour la Nativité du Seigneur

Baudouin de Ford Vivre de Dieu

Toute notre vie doit s’organiser en fonction des commandements de Dieu, et toute notre activité s’orienter vers cette fin : les promesses de Dieu. Non, il ne nous est pas licite de faire autre chose que ce que Dieu a prescrit, ou permet, ou conseille. Et il ne convient pas d’espérer autre chose que ce qu’il promet. De fait notre justice se modèle d’après les signes qu’il nous donne par ses commandements et ses conseils, et notre espérance se fonde sur la vérité de ses promesses.

La droiture de la réflexion à propos de ce qui est à faire se laisse guider par la volonté de Dieu. Et l’intention est humblement fervente à condition de se diriger avec simplicité vers lui…

Voilà bien le vrai discernement, conjonction de la pensée droite et de l’humble intention. Ne t’étonne pas que je qualifie le discernement de conjonction, puisque son étymologie suppose une division. Car cette conjonction-là n’est pas sans division : unir ces deux réalités- pensée et intention- c’est séparer la lumière des ténèbres. Effectivement, l’erreur et la fausseté sont ténèbres ; la justice et l’humble ferveur sont lumière dans le Seigneur. …

Le mal est donc à rejeter à cause de Dieu, et le bien n’est à accomplir qu’en vue de Dieu. Une intention de vanité corrompt un acte d’humble ferveur, et celle-ci n’excuse pas un acte d’iniquité.

Il s’agit donc de tout faire à la lumière du discernement, en Dieu aussi bien que devant lui, car il n’est pas de créature qui demeure invisible à son regard, qu’elle soit matérielle, psychique ou spirituelle. Non, il n’est rien qui demeure caché de ce qui Dieu a fait en raison de l’homme et en lui, et rien de ce qui, dans l’homme ou par l’homme, s’est fait contre Dieu.

Combien de réalités en l’homme que ce dernier ne voit qu’en partie, et en partie ne voit pas. Alors que pour Dieu, tout cela est à découvert. Le cœur humain, quel grand abîme !

 

Sermon 18

Aelred